1. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 6, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  2. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 18, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  3. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 32, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  4. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 15, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  5. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 27, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  6. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 17, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  7. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 19, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  8. Aurore Pallet
    Les annonces fossiles 12, 2014
    Huile sur bois
    17 x 25 cm
  9. Aurore Pallet
    Les espaces doubles 16, 2015
    Les espaces doubles
    Crayon sur papier
    40 x 50 cm

    Collection particulière
  10. Aurore Pallet
    Les espaces doubles 17, 2015
    Les espaces doubles
    Crayon sur papier
    40 x 50 cm
  11. Aurore Pallet
    Les espaces doubles 24, 2016
    Les espaces doubles
    Crayon sur papier
    40 x 50 cm
  12. Aurore Pallet
    Les espaces doubles 18, 2016
    Les espaces doubles
    Crayon sur papier
    40 x 50 cm
  13. Aurore Pallet
    Les espaces doubles 23, 2016
    Les espaces doubles
    Crayon sur papier
    40 x 50 cm
  14. Aurore Pallet
    Sans-titre , 2015
    Crayon sur papier
    21 x 57 cm
  15. Aurore Pallet
    Panoramique 2, 2014
    Huile sur bois
    30 x 65 cm


Présentation

Les dessins et peintures réalisés par Aurore Pallet mettent en scène un monde parallèle, des images mentales profondément immersives, « quelque chose de l’ordre d’une angoisse euphorique face au monde »1.

 

Le dessin a été premier dans la démarche d’Aurore Pallet, un dessin peuplé d’animaux étranges et de personnages seuls dans des paysages déserts, d’êtres qui se dissolvent dans l’espace de la page ou qui volent dans les cieux. A cette pratique onirique du dessin succèdent des petites œuvres peintes. En effet, Aurore Pallet n’opère pas dans une logique gestuelle, mais elle se concentre sur son ouvrage, avec une lenteur, une durée propre à l’immersion intellectuelle. Il s’agit de composer. Il n’y a pas de confrontation physique à l’espace de la toile, mais la maîtrise d’un contenu ayant pour finalité un objet-peinture, tout entier rassemblé en lui-même. C’est dans cette perspective que les peintures ne sont jamais réalisées sur toiles, mais sur bois : elles sont épaisses et denses, comme des petits mondes ayant leurs propres règles. Le bois est aussi privilégié pour son aspect lisse et plein, avec l’idée qu’il faut pouvoir tenir la peinture dans les mains, entrer dans un rapport d’intimité avec elle et essayer de percer son mystère.

 

Montage d’artifices

Les images d’Aurore Pallet témoignent d’un constant balancement entre la mise en scène d’un subconscient hanté par des visions et un franc et jouissif besoin de légèreté. Elle joue à merveille de cette confusion, confusion qui existerait également entre la réalité et un certain monde virtuel, lequel investit la réalité en la grignotant progressivement. Ici, un poisson apparaît plus grand qu’un homme ; là, c’est une présentatrice de la télévision qui nous parle dans la rue ; et l’on se retrouve nez à nez avec des clowns tout droits sortis d’une salle de théâtre douteuse.

Les images sont les mises en scène de ce malaise qui n’en est pas vraiment un et qu’elle aime construire. Pour cela, elle travaille à partir d’une collection de thèmes et de motifs réalisée en glanant des images sur internet : elle procède par une sorte d’accumulation intuitive jusqu’à ce que des associations se produisent, que des thèmes entrent en écho et permettent une étincelle souvent générée par une vision inconsciente.

Comment ne pas penser au Surréalisme, et notamment à la sobriété feinte de René Magritte ? Il y a bien la rencontre d’éléments permettant une poétisation du quotidien, mais le hasard n’a jamais véritablement le dernier mot ; c’est une intuition guidée qui signe les images.

Aurore Pallet est une sorte de cinéaste, au sens où elle monte ses images comme on monte un film. Par l’utilisation de logiciels informatiques, elle fait se rencontrer et se mêler divers registres d’images. Elle joue aussi à manipuler les codes de notre vision numérique du monde: un peu plus de flou ou de netteté, un peu plus de contraste, de pixels, de luminosité, de scintillement… Le vocabulaire de la retouche d’images devenant pour l’artiste comme un bréviaire de poésie dans lequel elle va puiser.

Le montage, préludant à l’acte de peindre, a pour matrice une volonté d’exhiber ce qui fait peinture et représentation. Elle s’emploie à utiliser de nombreux stratagèmes pour « signaler les images » : elle insiste sur les décors, qu’ils soient ceux d’une scène de théâtre ou d’un plateau de cinéma ; elle ne cesse de glisser dans ses images des instruments de mesure ou d’optique, mais aussi des mises en abymes à l’aide d’écrans dans les écrans et de divers trompe-l’œil. C’est le monde de l’artifice et des stéréotypes les plus kitsch qu’elle dévoile, avec ses couleurs saturées presque technicolor, tout en cherchant à prendre de la distance.

Ses références vont des prédelles des triptyques de la Renaissance à Alfred Kubin, Kafka et Alain Baschung, qu’elle écoute inlassablement et qui illustre bien son univers : «C’est un grand terrain de nulle part / Avec de belles poignées d’argent / La lunette d’un microscope / Et tous ces petits êtres qui courent » (Comme un lego).

 

(1)Les citations sont extraites d’un entretien avec l’artiste réalisé en mai 2011.

 

Léa Bismuth

« Introducing », Art Press Juillet-Août 2011