?On ne fait jamais attention à ce qui a été fait ;
on ne voit que ce qui reste à faire.?
(Marie Curie)

Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie Isabelle Gounod, Katharina Ziemke a réalisé deux corpus inédits de peintures, que la présentation simultanée tend à faire dialoguer.

D?une part, un ensemble de paysages ravagés par les bouleversements climatiques, qui poursuit les recherches que l?artiste avait initiées en 2019 avec la série Storm et développe une approche à la fois romantique et critique.

D?autre part, une série de portraits de femmes scientifiques du XXème siècle, répondant à une forme particulière d?activisme : mettre au jour, pour leur rendre hommage, les visages de celles qui trop longtemps sont restées dans l?ombre de leurs pairs. L?artiste inscrit ici sa pratique dans les débats actuels, suivant un parti pris qui rejette tout manichéisme mais souligne au contraire l?ambiguïté de nos systèmes de valeurs et de notre rapport au progrès :

Quelles relations unissent la science et la nature ? Quels liens, entre les résultats de la recherche et l?état actuel du monde ? L?enthousiasme pour le progrès suffit-il à éviter le pire ? Apparaît aussi en creux l?épineuse question de la responsabilité : « Ces femmes ont peut-être contribué, elles aussi, à l?exploitation de la nature, mais cela n?empêche pas de constater qu?on leur a fait grand tort, comme on a fait grand tort à la nature », explique Katharina Ziemke.

Les paradoxes ainsi soulevés, la tension morale pourrait-on dire, entre le bien et le mal, le mieux et le pire, s?expriment formellement par le contraste entre les deux corpus. À l?agitation des paysages répondent en effet la tendresse et l?humanité de ces portraits de femmes, portés par un choix radical de couleurs vives et saturées, par lequel Katharina Ziemke les impose à notre regard et nous enjoint à prendre part au débat.

Thibault Bissirier, décembre 2020

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