du 1er juin au 23 juillet 2005
La galerie présente une exposition consacrée à Corinne FILIPPI : une série de photographies réalisées à partir des œuvres du sculpteur Bernard DEJONGHE * ainsi que des photographies réalisées au cours de diverses expérimentations physiques et chimiques* .
Corinne FILIPPI dit trouver sa " pâture " du côté du lumineux, de la présence lumineuse dans l'œuvre. Qu'il s'agisse de sculptures en verre ou de dispositifs expérimentaux, elle observe la " chose ", la contourne, la fouille, dans un corps à corps rituel, happée par l'éclat qui jaillit au " ventre " de l'œuvre, là où la lumière se pose.
Si Corinne FILIPPI fixe souvent son objectif au cœur d'œuvres plastiques existantes, sculptures ou installations (A. JØRGENSEN, M. MERZ, H. TRÜLZSCH), c'est que l'œuvre comporte pour elle déjà une richesse " J'ai plus de plaisir à aller travailler du côté d'une œuvre déjà élaborée où la lumière est plus souvent déjà là, le souci de l'éclairage est toujours présent dans l'œuvre ".
Dans l'approche des œuvres de Bernard DEJONGHE, il y a de l'élaboré et du brut. Les coupes dans le verre, tout juste polies, une frise de lumière qui affleure, la pâleur du verre dépoli sont autant de paysages miroirs, falaises, rivages ou villes anéanties qui se frayent un chemin entre l'obscurité et l'éblouissement.
L'artiste se livre également à l'expérience inverse et expérimente les possibilités de construire une réalité photographique autonome et riche à partir de la réalité la plus banale... qu'il s'agisse de l'expérience de J. Tyndall sur la fusion d'un bloc de glace, de la polymérisation de l'eau, de la circulation de l'eau dans un four à micro-ondes... l'objectif débusque le craquellement de la masse de glace, une pluie de lumière, et même, l'eau qui semble engloutir le verre devenu fluide.
" ...Ce qui frappe d'abord, chez Corinne FILIPPI, c'est un espace insaisissable. Nous manquons de repères, de coordonnées sûres. Echelle incertaine, profondeur ambiguë, dilution de la force de gravité : nous ne savons plus très bien où nous sommes. Rapport inhabituel avec la lumière. D'ordinaire elle révèle l'objet, ici c'est l'objet qui révèle la lumière...
La disparition des objets est une condition sine qua non pour voir et photographier la lumière en elle-même. L'abstraction en est la conséquence logique, non une volonté esthétique posée à priori. Cette abstraction, le raffinement des couleurs, des gris, des matières, font que l'on pense souvent à la peinture. " Carol RILEY
" ... La photographie de Corinne FILIPPI est un sacrifice de photons : ils sont par elle rendus à leur génie énergétique, qui n'a nullement pour fin d'éclairer l'horizon des humains... Les œuvres noir et blanc de Corinne FILIPPI fixent des spasmes d'absence et de présence. Traces de jouissance. "
Jean-François LYOTARD
" En LIGHTenment/Architectures-Paysages "
Ce titre englobe les différentes périodes présentées à l'exposition et plus spécifiquement la série des cibachromes noir et blanc réalisés à partir de la lumière réfléchie sur les œuvres du sculpteur Bernard De Jongue au musée d'art contemporain de Dunkerque.
De la lumière réfléchie à tous les sens du terme : le sujet photographié ne sert que de réflecteur choisi pour sa capacité travaillée à recueillir la lumière et à la renvoyer (travail du sculpteur, de sa patine et/ou de sa matière de surface.
L'œil du spectateur ne retient du processus que cet effet d'absence et d'envahissement du corps " spasme d'absence et de présence " dirait Jean-François Lyotard à propos de la même œuvre.
Le corps, première représentation architecturale (Geneviève Haag in Colloque sur l'autisme Turin 1985), ce corps Premier verrait sa représentation transportée par des flashs intérieurs produits par les images noir et blanc mises en onde par les photographies de Corinne Filippi.
L'autre partie de l'exposition, paradoxalement plus marquante au premier regard (sans doute à cause du plus grand format) a été réalisée antérieurement.
Tout droit sorties du Vidéo Art (Bill Viola par exemple), les images de Corinne Filippi continuent de raconter une histoire totalement intérieure, une histoire de flux et de reflux de la lumière qui envahit nos sens au point de nous faire ignorer, voire oublier, leur contenu et c'est en cela qu'elles font œuvre.
Les grands tirages sont particulièrement imprégnés de ce processus (voir l'invitation) et le format aidant, cette image en particulier peut nous transporter au pied d'une grande cascade montée sur vérins hydrauliques géants et éclairée par l'arrière, sans être convaincu de ce que l'on voit mais certain de ce que l'on ressent.
Robert Meilleraie / Exporevue , Juin 2005